Prendre la route avec les apôtres (jour 55)

dimanche 10 mai 2020

Ils ont l’air complétement à côté de la plaque, nos amis Thomas et Philippe, largués, comme groggy par ce que Christ leur fait partager en ces heures de braises, comme incapables d’intégrer ce qu’ils entendent, comme en retard d’un train ou deux sur l’offre de vie que le Seigneur vient placer à portée de cœur et de coupe partagée. Il faut les comprendre. Au terme de ce repas unique durant lequel le Maître vient de leur manifester la plénitude de son amour à travers ce geste impensable du lavement des pieds et le signe du pain partagé, ils viennent de réaliser qu’il va leur être enlevé dans les heures qui viennent. Par-delà les paroles emplies de confiance et de paix du Maître, ils sont en proie au vertige à la perspective de se retrouver seuls, livrés à leurs maigres forces. Et malgré cela, le Seigneur continue à les enseigner, à leur parler, à leur faire cadeau de sa parole comme si le piège qui va se refermer sur lui ne pourrait jamais être le point final de leur amitié et de leur avenir. Encore et encore, Jésus prend le temps de partager sa parole dans la plus belle des liturgies au creux d’un temps qui ne fuit pas, mais dont il est le Maître et le Seigneur.

Alors que les disciples en ces heures dramatiques font l’expérience que leur monde est en train de s’effondrer, que rien ne pourra plus être comme avant, comme ils pouvaient encore se le représenter, que rien n’apparait désormais plus sûr et ferme parce que le Maître les quitte, lui, il leur parle des multiples demeures que recèle la maison du Père et de cette promesse que là où il sera, eux aussi seront avec Lui. Les disciples ont du mal à suivre. Reconnaissons-le humblement. Comment aurions-nous réagi à leur place ? Thomas, Philippe, eux au-moins, osent poser des questions. Même si elles sont malhabiles ou décalées, c’est leur façon à eux de dire à Jésus qu’ils sont toujours avec lui, qu’ils s’accrochent à lui, que son histoire est toujours leur histoire à eux, les disciples.

Et Thomas de saisir la balle au bond. Quand Jésus indique quant au lieu où il se rend, « vous en savez le chemin », Thomas s’empresse de prendre la parole comme pour ramener Jésus vers eux et l’épreuve qu’ils traversent : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ? » « Je suis le chemin et la vérité et la vie. » Thomas cherche à apercevoir le terme du voyage, à s’y projeter, à s’y réfugier. Jésus lui propose le temps de la marche, une prise de risque, une invitation à se transformer tant il est vrai que dans tout voyage, le plus important n’est pas le terme, mais le chemin à faire. Ce n’est pas pour rien qu’Israël est le fils d’une longue traversée de quarante ans dans le désert. Il ne s’agit pas de se précipiter comme pour échapper à l’heure présente mais bien d’être comme Jésus, en Jésus, un chemin qui fait grandir en nous l’ouverture à la vérité et à la vie. Jésus est l’homme-chemin. Son histoire façonnée de rencontres, de soleil, de mains saisies et d’actions de grâce, est puissance de vie et force de vérité contre toutes les ombres qui empêchent de reconnaitre le frère en l’autre et un Père dans le Mystère qui est à l’origine de tout ce qui est, des constellations qui diaprent les cieux au petit moineau qui se roule, tout heureux, dans la poussière du soir.

« Personne ne va au Père si ce n’est pas moi » Personne ne va vers le Père s’il n’ose prendre à son tour le chemin de son humanité à la manière du Christ, dans l’esprit du Christ. En se dévoilant pour nous comme le chemin, le Christ nous révèle qu’il nous est impossible de nous dispenser de faire le chemin, notre chemin. Certes jamais seul mais en nous risquant à des choix jamais faciles, en assumant le poids du jour et de la fatigue, en quémandant hospitalité et bienveillance comme au puits de la Samaritaine. En devenant soi-même chemin qui pourra être emprunté par d’autres frères, chemin qui nous dépouille de nos peurs et de nos mensonges. Chemin dans le Chemin qui seul conduit au Père, seul chemin qui conduit à la Vérité et à la Vie.

Et Philippe de renchérir : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit », et d’entendre la réponse attristée de ton maître : « Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu ! » Mais où avais-tu la tête, Philippe, lorsque le Seigneur s’entretenait avec vous comme un ami le fait avec un ami, quand il multipliait le pain pour la foule innombrable, quand encore tout dernièrement des païens, des Grecs, ici même à Jérusalem te demandaient à rencontrer ton maître ? Tout à la joie de cette vie neuve, as-tu pris le temps de contempler ton Seigneur, de le contempler pour lui-même, de chercher la source de son mystère, de ce qui l’a conduit auprès de vous ? As-tu vraiment cherché à le connaître ? Il ne suffit pas d’être auprès de quelqu’un pour l’aimer, voire même de participer à ses projets ou à ses rêves… As-tu un jour pris le temps de chercher à savoir qui était ton Maître ? Oui, sûrement mais ton esprit et ton cœur ne pouvaient aller jusque-là, ne pouvaient imaginer cela… « Le Père et moi sommes Un » (Jn 10, 30), et il te le redit : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? »

Crois-le, Philippe, crois-le de tout ton cœur, pour accueillir dans l’amitié de ton maître, l’amitié de ton Dieu et entend cette promesse qui paraît folle, déraisonnable : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais : il en fera même de plus grande ! » Mais comment le disciple pourrait-il faire des œuvres plus grandes que le Maître ? Celui qui n’est qu’un homme, même croyant, faire des œuvres plus grandes que celles du Fils de Dieu ? Mais le Christ te le dit : « Il en fera même de plus grande parce que je pars vers mon Père ». Les œuvres qu’accompliront les disciples, ne seront pas plus grandes qualitativement car le disciple ne sera jamais au-dessus de son maître, ni même quantitativement, les disciples devenant de plus en plus nombreux au grès de la mission. Non ces œuvres ne seront plus grandes que parce qu’elles portent en elles l’épiphanie de la communion divine, là où le Père est glorifié dans le Fils, là où le Fils reçoit toute sa gloire du Père. Que l’Esprit-Saint tienne notre Eglise tendue vers ce témoignage que Dieu est Amour, que Dieu est Communion, pure et unique communion d’Amour.

Et les disciples ne pourront rendre ce témoignage à l’Amour-communion qu’en se tenant eux-mêmes dans cette communion, qu’en désirant passionnément demeurer dans cet Amour afin que le Père soit glorifié dans le Fils par le témoignage de notre fraternité. C’est bien ce que nous espérons en priant en ces jours qui nous rapprochent de la Pentecôte. C’est ce que nous demandons au Christ Ressuscité dans notre prière commune même si la dureté des temps nous tiens éloignés physiquement les uns des autres : que l’Esprit Saint nous tienne en une même communion, prémices et promesse du salut que Dieu veut offrir à tous les hommes. Notre communion devient alors mission.

Comme nous le rappelle la première lecture, cette communion-mission n’est en rien repli sur soi, uniformité répétitive. Cette communion appelle à la création, à l’imagination, à la mise en place de nouvelles pratiques, de nouveaux ministères lorsqu’il s’agit d’ouvrir à d’autres, nouveaux visages, nouveaux horizons fraternels comme ces croyants ne s’exprimant qu’en grec (les Hellénistes) dont nous parlent les Actes des Apôtres, et si différents des premiers disciples entourant le Maître et qui ne s’exprimaient comme lui dans l’araméen de la Palestine d’alors. Attentive à ce qui est appelé à durer parce que lié à l’identité même de l’Eglise comme l’annonce de la Parole, la première communauté de Jérusalem avec les Douze ne craint pas de donner naissance à un nouveau ministère avec des personnes qui ont rejoint l’Eglise pourtant plus tardivement. Ce sont précisément ces personnes, les Sept, qui permettront le passage de l’Evangile dans la culture grecque du Proche-Orient et jusqu’à Rome, jusqu’aux extrémités de la terre… Sans communion profonde dans la diversité des croyants et sans fidélité aux appels de l’Esprit Saint à aller vers le monde d’aujourd’hui, il n’est pas de mission féconde et pérenne.

Or c‘est bien à cette mission qui glorifie le Père dans le Fils, que nous sommes appelés, Thomas, Philippe, Marie, Sandra, François, Nathalie… Que ce chemin unique que le Seigneur veut faire avec nous et en nous soit toujours un chemin de rencontres et de communion. Non seulement il nous donnera de communier à ce qu’il y a de plus beau en ce monde, mais il fera aussi de nous les fils et les filles de Celui qui sans cesse fait toutes choses nouvelles.

P. Pascal-Grégoire Delage, curé.


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