Aimer ne peut laisser indemne (jour 34)

dimanche 19 avril 2020

L’apparition du Ressuscité au soir de Pâques, montrant à ses disciples les plaies que lui a infligé le supplice de la croix, fait écho en moi à cette parole si juste de Péguy : « Les corps sans ride et sans cicatrice ne pourront ressusciter ». Ou bien plus probablement, c’est la contemplation du mystère pascal qui a amené le poète croyant à cette vibrante et indépassable vérité. Le Ressuscité gardera à jamais en son corps de gloire les stigmates de sa Passion, les signes tangibles et ineffaçables de cet amour incommensurable par lequel il nous a sauvés. Le Christ ne peut être séparé de sa Passion pour nous, pas plus qu’il ne peut être séparé de l’Amour de son Père dans la force de l’Esprit.

Le corps du Ressuscité fait Un avec le mystère du salut dans lequel il nous prend tous ensemble. Le corps du Ressuscité fait un avec le corps offert dans l’unique Action de Grâce, avec le corps torturé sur la croix, avec le corps par lequel il entre à nouveau en communion avec ses amis. Et ce corps est tout tissé de l’amour du Père et de l’Esprit, et de l’amour de sa mère et de ses proches, de ses rencontres au bord du lac de Galilée et des rires des noces de Cana, et des mains saisies et des corps malades relevés, et des crachats des soudards et des visages détournés et gênés.

Chaque dimanche, nous confessons que nous croyons à la résurrection des corps comme ce lieu unique qui dit la singularité de notre histoire, de sa fragilité, de son opacité encore, mais aussi l’émergence d’une alliance unique voulue, désirée par Dieu, d’une alliance à recevoir et à faire grandir avec d’autres, en commençant par nos parents, nos amis, son couples, ceux et celles que le Seigneur nous confie au gré des rencontres de chaque jour. Ce corps parfois si douloureux, si peu sûr, assume tout le mystère de notre existence, de l’unicité de notre vie et comme tel, ce corps signe le lieu de la résurrection personnelle.

Nous n’avons pas un corps comme le disaient les anciens philosophes grecs : nous sommes notre corps. Notre corps n’est pas un objet comme voudraient encore nous le faire croire les nouveaux prophètes de consumérisme, de l’image relookée ou du trans-humanisme, un corps qu’il suffirait de lifter, de lisser, de poncer, un corps sans ride et sans cicatrice. Un corps passe-partout. Un corps sans âme, sans histoire et sans attache. Un corps clean-ex.

Le corps du Ressuscité porte lui les cicatrices de son amour pour nous, de sa vie donnée jusque sur la croix pour nous. Cet amour « pour nous » et l’identité du Ressuscité ne font qu’un. C’est le cri de la foi des tout-premiers croyants : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures » (1 Co 15, 3-4). Pour nous, pour notre propre existence, pour nos péchés qui nous empêchent de plonger dans Sa vie… Ce qui faisait dire à Pascal à propos du Christ : « telle goutte de sang versée pour toi » ou encore à Angèle de Foligno : « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée… »

C’est bien cela que ne semble pas pouvoir supporter Thomas : d’être aimé jusque-là, que l’amour de Dieu pour lui puisse avoir été jusque-là… Que Dieu l’aime, oui, sûrement ! Mais que Dieu l’ai aimé jusqu’à donner sa vie pour lui dans les souffrances sans nom de la croix, non, ça Thomas ne peut le supporter. Cette idée lui est intolérable comme si son propre doigt allait s’enfoncer dans les chairs de son ami supplicié, comme si il avait une part de responsabilité dans tout ce qui vient de se passer….

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Cela a été pour moi source d’étonnement que de découvrir que dans l’iconographie byzantine, seuls deux apôtres du Christ sont représentés comme des jeunes gens, imberbes et juvéniles. Jean, le fils de Zébédée, que la Tradition rapporte avoir été le plus jeunes des Douze, et Thomas surnommé « Didyme », c’est-à-dire « Jumeaux ». Pourquoi une telle représentation de Thomas ? En mémoire de son impériosité dont garde trace le Quatrième Evangile « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » Jn 11, 16), ou encore de ses réparties intempestives (« « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jn 14, 5) ? Un Thomas juvénile, « sans ride ni cicatrice », voulant demeurer le maître du jeu, le maître de son jeu, tenant la vie à distance, jouant avec elle comme le toréro avec le fauve dans l’arène… Ne pas se laisser atteindre, ne pas se laisser surprendre, ne pas se laisser avoir…

Thomas, mon frère, mon jumeau. Pourquoi crois-tu qu’être disciple ne relève que de ta liberté de fils de Galilée, de ton seul désir de suivre le Maître de Nazareth ? Comment as-tu pu avoir la faiblesse de croire que tu étais le capitaine de ton histoire, scrutant l’horizon pour en esquiver récifs et imprévus ? Aurais-tu oublié la parole de Jésus ? « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 44). C’est pour ta vie, ta vie éternelle que le Fils t’a fait signe et qu’il a donné sa propre vie sur la croix. Pour t’arracher à ce que tu ne pourras jamais vaincre en toi, tes refus d’aimer et d’être aimé, tes refus d’alliance et de faire confiance, tes refus d’exister part la grâce de l’Autre et des autres… Ce que tu ne voulais voir ou pouvais voir. C’est de ce revêtement d’acier dont tu as recouvert ton cœur que le Christ vient te sauver et c’est bien pour cela qu’il laisse ouvrir son propre cœur sur le bois du supplice !

« Mon Seigneur et mon Dieu ! » Bienheureux Thomas qui se découvre aimé jusque-là par le Seigneur. Le côté découvert et blessé de son Seigneur atteste à jamais de sa propre histoire rachetée et placée dans la lumière de Pâques, de notre propre histoire rachetée et transfigurée. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Ne cherche plus à te préserver, à te protéger, Thomas, ni des autres, ni de toi-même. Dieu a tout sauvé en Son Fils. Consens à la vie. Consens à l’histoire avec ses aléas et ses surprises, heureuses ou malheureuses.

Consens à la rencontre. Tu n’en sortiras pas indemne mais Dieu n’a pas pris d’autres chemins pour nous aimer et nous sauver. Les rides de ton visage offert aux autres et les inquiétudes secrètes de ton cœur pour tes frères et sœurs diront combien Dieu a aimé en toi, combien Dieu a aimé avec toi. Alors ton corps et ta vie seront célébration éternelle de la Résurrection.

P. Pascal-Grégoire Delage, curé.


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