Eclats de Résurrection (jour 27)

dimanche 12 avril 2020

Et le Verbe s’est fait chair. Et il a habité parmi nous.

Et le Verbe s’est fait chair pour nous faire demeurer à jamais dans la tendresse du Père.

Et le Verbe est venu habiter le rire et les rondes des enfants de Galilée comme nos rêves de fraternité et de justice comme il est venu faire siennes nos soifs de vérité et de justice, et aussi les faims qui tenaillaient les foules qui le suivaient en chemin tout comme celles des désespérés des camps de retentions et de déplacés. Il est venu habiter nos conditions de vie parfois précaires, l’angoisse du lendemain, la peur de la pandémie, de la séparation brutale des êtres chers. Il est venu aussi habiter aussi notre quête de bonheur et nos capacités à nous dépasser, à faire la joie et même l’honneur de Dieu quand il nous voit nous battre pour soigner, protéger, préserver la vie de ceux et de celles qu’il a appelés à la vie.

Jour après jour, mois après mois, année après année, le Verbe de Dieu a fait sienne toute notre réalité d’homme, strate après strate, atteignant jusqu’au plus profond, au plus intime, là où, nous-même, nous savons bien comment nous sommes enclin à refuser la lumière et cette joie sans pareille à partager avec les frères. Et le Verbe de Dieu vient aussi visiter la raideur des pharisiens et la maison de Zachée, la peur des disciples au jour du Jeudi Saint, et le cynisme de Pilate, le reniement de Pierre et la trahison de Judas. Et jusqu’à faire sienne la souffrance qui vous arrache à vous-même et jusqu’à la mort sur le bois de l’infamie.

Strate après strate, le Verbe de Dieu descend dans les profondeurs de notre humanité par la grâce de sa vie donnée, dans la grâce de toute sa vie de Fils de Dieu habitant l’espace d’une vie d’homme. Il ne lui suffit pas à notre Dieu d’habiter la demeure amicale de Marthe et Marie, le désert sauvage de Jean le Baptiste, d’habiter les lieux de notre prière, de notre intériorité et de nos efforts pour nous montrer un peu plus fraternels, un peu plus reconnaissants, un peu plus humains.

Et il en veut plus le Christ ! C’est tout l’homme qu’il veut sauver. Il veut tout et il nous veut tous !

Pas seulement ce que nous croyons saint et digne de lui. C’est si peu de nos vies ! Comme si nous n’étions que ce que nous croyons un peu maîtriser et un peu comprendre, ce que nous pensons avoir un peu soigné et un peu converti… Mais lui, notre Seigneur, il veut tout sauver de nous, et le saint et le profane, et le gris clair et le gris foncé, et le pur et l’impur tant il sait combien nous sommes métis, mélangés, tissés de terre et de lumière, d’appels à la liberté et de peurs refoulées. Il n’y a que la haine, le mépris, la morgue, le rejet de l’autre qui ne peuvent accéder à la prise de Ses mains transpercées.

Fidèle jusqu’au bout au désir du Père, le Verbe vient habiter le râle du torturé qui ne sait plus où tourner son regard rendu fou par la douleur, l’indifférence d’un centurion qui en a vu tellement d’autres, les scrupules d’un Joseph d’Arimathie hanté par sa propre mort, la déroute des disciples déboussolés qui ne pensent qu’à fuir…

Alors ayant fait sienne notre sainte mère la poussière de la terre, le Verbe de Dieu jusqu’en son dernier souffle, vient l’offrir à l’étreinte divine, refusant de lâcher quoi que ce soit de nos vies, hormis le péché qui n’est pas nous mais masque de laideur et refus d’aimer en nous.

Franchissant la porte de la petite église de Saint-Sauveur in Chora dans la banlieue d’Istanbul, l’antique Constantinople, et nous dirigeant rapidement vers la chapelle qui se trouve à droite du chœur, là où le Mystère nous saisit. Le Christ ressuscité s’est laissé saisir par le peintre sacré descendant aux Enfers, triomphant de lumière, faisant exploser de tout le poids de son amour les portes du séjour des morts, ouvrant dans notre humanité, là même où elle est la plus aride, la plus stérile, la plus réfractaire, un passage vers le Père, en faisant voler en éclat les verrous, les serrures et les barres de tout ce qui nous divise, nous sépare, nous oppose, tout ce qui injuste ou blessant…

JPEG - 197.9 ko

Ici par les mains puissantes du Crucifié s’opère le Passage vers le Père. La Pâque du Christ est devenue notre Pâque, notre victoire sur la mort, l’Amour divin venant ramener à la vie tout ce qu’il y a eu d’amour offert et d’amour reçu en nos histoires personnelles. Et ce n’est pas rien qu’à Judas même, au jour de la trahison, le Verbe de Dieu ait encore murmuré « mon ami »…

Entrer dans la Pâque de notre Dieu et la célébrer, et la vivre, c’est choisir de tenir alors en ces lieux difficiles de notre société et de notre propre humanité. C’est se porter en avant d’un rendez-vous avec le Ressuscité là ou l’humain a besoin de se sentir protégé et aimé. Et le Seigneur sait combien il peut compter sur nous en ces semaines, en ces mois, ces années qui vont suivre le grand désarroi que nous connaissons actuellement.

Disciples du Ressuscité, nous sommes appelés à signifier par notre présence au cœur même de la complexité et des difficultés du monde que Dieu en rien ne s’est détourné de sa création. Nous sommes le sacrement de sa Présence, le signe et le moyen de Sa rencontre. Lorsqu’autrefois les catéchumènes descendaient entièrement dans l’eau du baptême, ils signifiaient bien cela : c’est toute la profondeur, toute la grandeur mais aussi toute l’épaisseur et aussi toutes les raideurs et les ambiguïtés d’une vie d’homme qui sont là renouvelées et sauvées par la rencontre avec « le plus grand que la mort », avec le Ressuscité. Dans une vie et pour une vie réellement humaine. Ne nous refusons pas à descendre avec le Christ ressuscité dans les tourments et les tâtonnements de notre Monde.

Toutes les dimensions de mon être sont appelées à devenir porteuses de l’énergie de Pâques, pour le salut de mes frères, pour ma propre joie et la gloire ruisselante de lumière de la Face divine. Tout mon être, pas seulement le temps consacré à la prière, à la liturgie dans l’église, à la réflexion dans un groupe de spiritualité ou de relecture… Chacun de nos engagements dans la cité, ce désir tenace de faire refluer ce qui abime le visage de l’autre, ce qui aliène ou mutile la dignité de mon frère de ma sœur ne sont plus l’occasion de nous donner bonne conscience de façon naïve avec la satisfaction du devoir accompli ! Ils sont célébration du sacrement du frère accueilli dans l’ambiguïté et la richesse unique de nos histoires comme nous le rappelait sans cesse Mère Marie Skobtsov. Et ce sacrement est pleine communion au Mystère Pascal, là où nous fait signe Celui qui ouvre des brèches dans les impasses de nos histoires personnelles et collectives pour nous unir à Lui et au Père dans la force vivifiante de l’Esprit.

Ce n’est qu’en consentant à cette complexité et à cette opacité de nos histoires, en les reconnaissant telles quelles, mon histoire, celle de mes proches, celle de mes lointains, mais en les reconnaissant d’abord habitées et visitées par le Verbe de Dieu, que nous sentirons puissamment sur nos vies ce souffle de la Résurrection, ce souffle qui nous poussera au service de nos frères, de tous nos frères, au cœur de l’insurrection de la Grâce, et à la rencontre de Celui qui fait toute chose nouvelle.

P. Pascal-Grégoire Delage


Agenda

<<

2020

>>

<<

Septembre

>>

Aujourd'hui

DiLuMaMeJeVeSa
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930123

Annonces

Accueil et Permanences

CONTACT PAROISSE

- 1 rue de Foncillon - 17200 Royan

Tél. 05-46-38-33-03

Mail : notredameroyan@orange.fr

- Une équipe de bénévoles vous accueille tous les jours de 9h30 à 12h et de 14h30 à 17h

Le secrétariat paroissial est aussi à votre disposition, durant les mêmes horaires, sauf le mercredi Après-midi.


Météo

Royan, France

Conditions météo à 0h0
par weather.com®

Inconnu

°C


Inconnu
  • Vent :  km/h - N/D
  • Pression :  mbar tendance symbole
Prévisions >>


Statistiques

Dernière mise à jour

mercredi 23 septembre 2020

Publication

567 Articles
Aucun album photo
Aucune brève
Aucun site
2 Auteurs

Visites

41 aujourd'hui
139 hier
400315 depuis le début
100 visiteurs actuellement connectés