L’âne et le mystère de la Prèsence (jour 20)

dimanche 5 avril 2020

Des cris, des rires, des refrains qui fusent et qui sont repris en chœur : « Hosanna au fils de David ! ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Et une foule innombrable d’enfants, de jeunes, d’hommes et de femmes qui dégringole des pentes du mont des Oliviers. Il est là le Maître de Nazareth, celui qui a ramené Lazare à la vie. Il est là celui qu’attendaient tant de générations d’hommes justes et pieux. Il est là, à portée de main, à portée de rameaux, le Sauveur d’Israël, l’Envoyé de l’Éternel, à l’entrée de la grande fête de Pâque. Les palmes se dressent dans le ciel, les manteaux et les voiles de prière volent dans l’air chaud et viennent recouvrir le chemin escarpé pour lui tracer une allée royale. Le petit âne a fait un écart, effrayé par tout ce bruit, cette excitation, cette attente survoltée qui s’est emparée tous ces hommes qui maintenant se pressent pour toucher le Maître, qui bousculent les disciples, qui font exploser leur joie d’être simplement là, heureusement là au côté du prophète Jésus de Nazareth.

Jésus, lui grattant la tête, calme et rassure le petit âne. Il se contente de sourire, d’être présent à l’attente déchainée de ces hommes et de ces femmes, d’être présent à tant d’espérance et de frustrations qui n’osent plus dire leur nom. Il sait bien, lui, que très bientôt, il affrontera, seul, une foule semblable, toute aussi unie dans sa peur et sa haine, qu’elle l’est maintenant dans la liesse et le débordement. L’hostilité succèdera à l’enthousiasme perce qu’il va décevoir, parce qu’il ne fera pas ce que la foule attendait de lui. Il regarde ses disciples qui se démènent, tout heureux de ce jour béni, pour frayer un passage au petit âne dans la foule agglutinée, ces disciples qui fuiront à l’heure de l’arrestation, à l’heure de l’incompréhension. Il voit devant Pierre si sûr de lui, si fier de son Maître, et Juda qui croit que son heure est arrivée, celle de la restauration politique du grand Israël… Jésus ne sait que trop les questions qui vont venir et le doute lancinant qui va les faire tanguer et tituber à l’heure de l’épreuve. Comment Dieu a-t-il permis cela ? Pourquoi Dieu ne s’est-il pas manifester au moment de l’arrestation de son Fils ? Pourquoi a-t-il laissé la méfiance et la duplicité s’installer jusque dans le cœur des plus proches de Jésus ? Dieu a-t-il détourné son visage de notre histoire ? Compterions-nous si peu pour lui. Mais il s’agit de son Fils ! Dieu sera-t-il capable de sauver ?

Le Christ sait tout cela. Mais pour l’instant, il n’y a rien de plus important pour lui que d’être là présent à l’attente et à la joie de ces hommes et de ces femmes qui lui font escorte, rien de plus important de bénir ces tout-petits qu’on lui tend à bout de bras. Il est d’abord venu pour eux, pour nous. Il est venu pour être leur salut, notre salut. Il n’y a rien de plus important pour lui que de graver en son cœur de Fils ces visages burinés, marqués par l’âge, la faim, la peur, les visages de ses frères et de ses sœurs, nos visages… Rien de plus important que d’être avec eux, simplement là, pour eux. Comme il n’y aura rien de plus important pour lui dans quelques heures de se retrouver avec ses amis et de partager intensément ce repas : « Ce pain, mon corps pour vous. Cette coupe de vin, mon sang, le sang de l’Alliance versé pour la multitude. » Dans cette présence incandescente, tout est dit, tout est donné. Comme il n’y aura rien de plus important pour lui d’être encore présent jusqu’au bout à ses compagnons de torture, à ses femmes de Jérusalem qui se tordent les mains sur le chemin des exécutions, présent à sa mère qui s’est porté à sa rencontre – stabat Mater -, présent à ceux qui raillent, à ceux qui vocifèrent, à ceux qui croient s’exorciser d’un exalté venant remettre en question leur confort matériel et spirituel… Présent jusqu’au bout à l’amour du Père, à son désir fou de vie pour toute sa création, pour tous ces humains : « Père, pardonne-leurs. Ils ne savent pas ce qu’ils font » ? C’est pour cette Heure qu’il est venu, pour offrir toute sa vie solidaire de tous les humains ses frères, remettre tout son être de Fils donné en présent pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.

Beaucoup en ces heures s’interrogeront sur le silence de Dieu. D’autres diront Son absence ou Son visage qui s’est détourné. D’autre diront son impuissance ou sa non-existence. L’absurdité à voir ainsi l’innocent condamné comme une racaille. Le vertige devant une vie écourtée et saccagée juste pour avoir pris soin des autres. L’impossibilité d’en appeler à la raison ou à l’humain.

Ayant maintenant franchi le Cédron, la foule en effervescence s’apprête à gravir la pente qui mène à la porte orientale de la Ville. Jésus taquine les oreilles du petit âne et abandonne sa petite monture. Il y a plus vrai que le déferlement de violence que son corps va endurer. Il y a plus réel que toutes les paroles meurtrière et les discours mensongers qu’on va tenir sur lui. Il y a plus fort que le désespoir dans lequel ses amis et ses proches vont bientôt sombrer.

En regardant le petit âne s’éloigner, Jésus fait mémoire en son cœur tous ces signes de piste, que Lui et son Père, ont déposés, versets après versets, générations après générations, siècles après siècle, dans l’histoire d’Israël comme dans l’histoire des Nations, pour que dans la lumière incréée puisse advenir la célébration de son Heure. Ainsi le prophète Zacharie il y a plus de cinq siècles : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse », et encore : « Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. Quant à toi, par le sang de ton alliance, je fais sortir tes captifs de la citerne sans eau. » Et encore Isaïe, le chantre de la fidélité de Dieu : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu ». Il viendra aussi ce moment où sur le chemin de la déroute, il leur ouvrira les prophéties de l’Alliance : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. »

Mais pour l’instant, le Christ choisit d’être présent à son Heure, d’être le Présent du Père en étant cet homme-là jusqu’au bout, libre et fraternel. Sans rien éluder de la violence des temps et de la malignité des hommes, simplement et justement fidèle au projet du Père qui ne fait qu’un avec son propre désir. Sa fidélité accompagnée par la mémoire vive de la Parole adressée à son Peuple.

En ces temps si difficiles que nous connaissons, accompagnons le Christ dans la célébration de son Mystère pascal, portés par la même confiance et le même désir de vie, la vie des nôtres, la vie de notre monde, et même celle d’un petit âne qui ne comprit pas trop ce qui lui arriva le jour des Rameaux mais qui prit, lui aussi, sa part de l’accomplissement des Écritures.

Et nous quelle sera notre participation à l’accomplissement des Écritures en gardant vive la mémoire des merveilles que Dieu a accomplies pour nous et nos pères ?

P. Pascal-Grégoire Delage, curé


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