Quatre églises romanes et une villa gallo-romaine

vendredi 28 août 2015

Mardi 18 août à 8h30 sur le parking de Notre Dame à Royan. Un car, déjà occupé par nos amis du Parc, nous ouvre ses portes. Nous serons 52 paroissiens à y prendre place, venus de différents clochers, services de paroisse ou d’Eglise. Nous nous connaissons, nous nous tutoyons, nous travaillons et nous prions ensemble. Le dernier à monter, est Pascal Delage, rien dans les mains et toute les connaissances, qu’il va nous partager, dans la tête.

L’ambiance ? Chaleureuse, confiante, et heureuse jusqu’à notre retour qui aura lieu à 19 heures. Le temps ? Idéal, ciel bleu, 24°, pas de vent. L’organisation ? Parfaite. Qui se serait attendu à autre chose d’ailleurs ?

Après le carrefour de la clinique Pasteur, le père Delage prend la parole : « Nous sommes sur les terres du Sieur de Mornac . » Phrase magique : nous, nous entrons au Moyen-Age. Au onzième siècle plus précisément que notre curé définit « comme une période de calme, d’opulence, de retour à la sécurité, après les troubles du siècle précédent marqué, par les invasions des Normands. » Le Sieur de Mornac, lui s’arroge des terres désertées par les populations sur la presqu’île d’Arvers, et désireux de montrer sa puissance, construit ça et là et notamment à Saint-Sornin (nom actuel dérivé de Saint Saturnin) ce qui est pour l’époque un grand vaisseau de pierre : une nouvelle église dédiée à Saint-Saturnin, évêque mérovingien mort martyr à Toulouse (traîné par un taureau !) Elle n’est plus aujourd’hui qu’une petite église de village, mais elle est encore là, malgré les siècles qu’elle a traversés, les mutilations dont elle fut l’objet et les ajouts gothiques, classiques ou modernes qui l’ont maintenue debout. Elle vient d’être restaurée, elle est belle, elle est surprenante, elle est vivante. Nous descendons quelques marches pour entrer dans une nef romane lumineuse, en pierre claire, éclairées par des verrières modernes, mais discrètes, aux tons doux. La voute en plein cintre est supportée par des épaisses colonnes coiffées de chapiteaux aux motifs de végétaux. Mais au quatorzième siècle des dégâts successifs ont entraîné des réfections. Nous quittons l’architecture romane à la croisée du transept au profit de l’architecture gothique : chapiteaux historiés, et croisées d’ogives dans le choeur. Le choeur, lui, nous emmène au dix septième siècle, non par l’architecture, mais par la présence saisissante sur les murs de fresques récemment découvertes sous des couches de badigeon et depuis restaurées. : du sol à la voute, des passages de la bible nous sont racontés : Annonciation, Adoration des bergers, les quatre évangélistes et quatre théologiens (St Ambroise, St Augustin, St Basile et peut-être St Athanase). Cet ensemble est remarquable pour une une si modeste église de campagne et le Père Delage nous l’explique : « Nous sommes à l’époque de la Contre Réforme, dans un pays très marqué par les guerres de religion. Les protestants dans leur désir de sobriété lisent la bible ; les catholiques eux la donnent à lire sur les portails, les chapiteaux, les vitraux et en la peignant sur les murs des églises. Il ajoute, avec un sourire, à une époque où le peuple ne sait pas lire, c’est probablement une meilleure idée. » Notre visite se termine là, mais si vous n’avez pas pris de photos, ou si l’éclairage ne vous a pas permis de faire des merveilles, ou si vous n’étiez pas des nôtres, rendez-vous sur le site Églises en Charente-Maritime vous y trouverez des photos remarquables, nombreuses et détaillées de St Saturnin, de Pont-L’abbé de Taizé et de Surgères. Pour Surgères, je signale un autre site Notre-Dame de l’Assomption de Surgères – Parcours en Charente-Maritime.

Deuxième étape, l’église St Pierre de Pont-L’abbé. Entrer un car de la taille du nôtre dans ce quartier aux rues étroites est un exploit que notre chauffeur accomplit sans manœuvre au centimètre près. Il s’attire de notre part une salve d’applaudissements. Pour nous, piétons, la manœuvre n’est pas simple non plus. En file indienne, nous nous plaquons le dos au mur contre les commerces installés de l’autre côté de la rue, pour admirer une façade superbe, malheureusement noircie par les gaz d’échappement des voitures. Nous sommes en plein centre ville dépourvu de trottoirs : une course cycliste emprunte la rue et nous salue joyeusement, les voitures nous frôlent et le bruit de leur moteur nous empêche d’entendre les explications du Père Delage qui pourtant force la voix. L’église, remonte aux et onzième et douzième siècles. La façade à trois portails richement sculptés est romane. Aux voussures des deux premiers portails, on voit l’Agneau célébré par les anges, le combat des Vertus et des Vices portant armures, Les Vierges sages et les Vierges folles et de nombreux saints et saintes, parmi lesquels on reconnaît Sainte Catherine d’Alexandrie appuyée sur sa roue. Le troisième portail montre un seul sujet : Saint-Pierre sur sa croix, la tête en bas. Le père Delage nous explique que le récit de la crucifixion de Saint Pierre figure dans un texte tardif, « l’Apocalypse de Saint-Pierre », et qu’il n’est pas improbable que le 1er évêque de Rome, ait été martyrisé dans cette position vers les années 64, malheureusement sans doute sur dénonciation des membres de sa communauté ; comme le Christ lui-même d’ailleurs. Nous ne visiterons pas l’intérieur, loin d’être aussi intéressant que la façade, nous dit notre curé.

Troisième étape, l’Abbaye de Trizay consacrée à Saint Jean l’Évangéliste. L’arrivée est étonnante. Après une paisible descente, et un large tournant de la route, nous découvrons en contre-bas, de vastes champs cultivés au milieu desquels est curieusement « posée » l’abbaye romane : d’un côté les ruines éventrées de l’église, majestueuses et hautes, de l’autre, les longs bâtiments conventuels bas et restaurés. Notre guide nous attend, blonde souriante à la gestuelle dansante, elle va nous passionner. Nous sommes, nous dit-elle devant un prieuré bénédictin fondé au onzième siècle. De l’église construite sur un plan centré octogonal [1] ne subsiste aujourd’hui qu’une chapelle de deux travées, prolongée par une vaste abside et encadrée par deux absidioles éclairées par des beaux vitraux du frère dominicain Kim En Joong. La pierre est très blanche, l’élévation très haute (12 mètres), et même mutilé ce bâtiment impressionne. De l’extérieur, on ne distingue pas l’abside vers laquelle nous dirige notre guide. Surprise, elle est parfaitement restaurée, et nous offre une voute en coupole posée sur de puissantes colonnes ornées de chapiteaux sculptés. Ceux du chevet montrent des lions souriants, parfois aux corps tordus qui dressent leurs pattes arrières vers le ciel. L’endroit est éclairé par de hautes baies en plein cintre et la lumière tombe à flot à travers des vitraux modernes mi-figuratifs, tous de couleur jaune et rouge, présentant des dessins au trait, certains dans le style de Léonard de Vinci. Nous sommes impressionnés : Comme elle devait être admirée, cette église prieurale [2] entre le onzième et le seizième siècles, l’époque de sa splendeur !

Les bâtiments conventuels, édifiés entre 1100 et 1140.se distinguent par une façade percée de 6 baies aux arcades et aux chapiteaux richement décorés (sans doute vestiges de l’ancien cloître) qui tranchent sur la simplicité de l’ensemble. A l’intérieur nous parcourons différentes salles aux voûtes gothiques élégantes. La première est la salle capitulaire : « on y tenait chapitre, on s’y faisait chapitrer, on y battait sa coulpe », nous explique notre guide qui ne manque ni du sens des mots, ni de celui de l’humour. Nous visiterons aussi le cellier et le vaste réfectoire. A l’étage, nous verrons le dortoir des moines, aujourd’hui occupé par le Centre d’art contemporain ouvert depuis 2003. Revenus sur l’esplanade, en plein soleil, nous contemplons encore ce lieu qu’il est difficile de quitter. Mais notre curé nous sort de notre rêverie heureuse : L’heure du repas est arrivé, nous sommes attendus au bord du Lac de Tizay où nous ferons sur la terrasse un si bon déjeuner que nos assiettes repartiront nettoyées : la bruscietta et le saumon rôti au beurre et aux épices resteront dans nos mémoires.

« Post prandium, animal dormit » disait malicieusement mon grand père se dirigeant vers sa sieste. Je ne fus pas la seule à m’offrir un petit somme sur le chemin de notre quatrième étape : La villa gallo-romaine à Saint Saturnin du Bois tout près de Surgères.

Il s’agit d’un chantier de fouilles archéologiques découvert, comme souvent, à l’occasion de travaux souhaités par la commune. Comme le prescrit la loi si la surface est importante, le responsable régional est demandé sur place pour donner son accord. Et, comme un petit Poucet marchant à travers champs, il ramasse à fleur de sol, de nombreux morceaux de tuiles qu’il met dans sa poche et analyse. Ce sont des tuiles romaines ! le projet de lotissement est arrêté, le chantier de fouilles commence. On creuse un peu et on découvre une villa gallo-romaine (traduisez grande propriété privée et non maison) de 5000 mètres carrés, dont 2000 pour l’habitation et 3000 pour les bâtiments d’exploitation du domaine agricole. Nous découvrirons donc sur le sol des élévations de pierre gallo-romaines qui révèlent la partie haute de cette villa, dont la majeure partie est encore sous terre, mais qui ont l’intérêt d’en révéler l’étendue et le plan. Le discours de notre jeune conférencière est passionnée : elle évoque la salle de réception, les thermes privés chauffés, l’atrium, les latrines, en nous demandant de faire appel à notre imagination, ce que nous faisons de bonne grâce.

En remontant dans le car, je m’interroge : des trois églises visitées vers laquelle va ma préférence ?

J’hésite et ne conclus pas, j’attends la découverte de la dernière : Notre-Dame de l’Assomption à Surgères.

Arriver à Notre-Dame de l’Assomption, c’est un choc de beauté et d’harmonie qui tient beaucoup à l’écrin de sérénité dans laquelle elle se trouve : l’enceinte de l’ancien château féodal. Nous sommes dans un parc aux arbres centenaires, entouré de douves . Sur la pelouse bien entretenue, trois constructions voisinent, une tour médiévale, une demeure dix huitième et l’extraordinaire façade éclatante de lumière de l’église. Elle est longue de 23m cette façade romane, curieusement plus longue que haute et curieusement encore elle déborde de la largeur de la nef. Elle est belle aussi. Une corniche sépare la partie basse à sept portails de la partie haute où il ne subsiste plus que six baies, dont seulement quatre vraiment lisibles. En bas les portails sont ornés de tout un bestiaire sculpté aux voussures : griffons, ours, singes éléphants etc .. Moins ornée la partie haute présente deux figures de cavaliers dans lesquels on a pu voir, soit les deux fondateurs de l’église, soit l’Empereur Constantin, soit Guillaume d’Aquitaine et même le Christ foulant l’hérésie à ses pieds. Alors, nous nous sommes assis sur un muret, côte à côte, presque en silence et nous avons photographié et regardé de tous nos yeux.

Le père Delage, lui est entré dans l’église, nous laissant à notre contemplation. Tout le monde le savait sans doute, moi je l’ignorais, mais il se préparait à l’eucharistie qu’il allait célébrer pour nous dans l’église. Ce fut une messe toute simple et priante. Elle m’a semblé constituer le point d’orgue de notre journée, journée que nos chants, nos répons, notre prière, notre communion emmenait vers le Seigneur en remerciement pour l’art de ces bâtisseurs et sculpteurs du Moyen-Age que nous avions eu la joie de pouvoir apprécier.

Éléonore


[1] plan comparable à celui des églises byzantines, comme Saint-Vital à Ravenne..

[2] En fait, notre guide nous a bien précisé que ce monastère, n’était pas une abbaye, mais un prieuré, d’où le terme employé pour l’église.


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